French: The One Church Plan and the Rise of “Global South”

Par Luther Oconer

En mai 2018, une majorité des évêques Méthodistes Unis ont convenu de donner leur appui au Plan d’une Église Unique (en sigle PEU). Ce plan consiste à supprimer les termes restrictifs dans le Livre de Discipline de l’Église Méthodiste Unie concernant la pratique de l’homosexualité. Si ces changements sont approuvés à la Conférence Générale de 2019, les congrégations pourront alors décider de permettre ou non la célébration de mariages entre personnes de même sexe dans leurs églises. Cela donnera également aux conférences annuelles le pouvoir de décider si elles veulent ordonner ou non des personnes LGBTQ en tant que membres du clergé. En d’autres termes, le Plan d’une Église Unique (PEU), s’il est approuvé, pourrait mettre fin au débat acrimonieux de longue date sur la sexualité humaine à la Conférence Générale en transférant la prise de décision sur cette question aux congrégations locales et aux conférences annuelles.

Ainsi, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que les partisans du PEU le considèrent comme le plan qui va nous « unir » tous car ils croient qu’il va permettre la coexistence des deux courants dans l’Église Méthodiste Unie, traditionnel et progressiste, en ce qui concerne la sexualité. En conséquence, ils argumentent également que le plan traditionnel (en sigle PT) est le seul plan qui divisera l’église. La vérité, c’est que l’un ou l’autre de ces deux plans, le PEU ou le PT, mènera à la division. Si le PEU est approuvé, les traditionalistes quitteront. De même, si le PT (sous sa forme modifiée) prévaut, nous assisterons à un exode de progressistes de l’ÉMU. Mais pas tous quitteront.  Certains progressistes envisagent de continuer à se battre pour le changement des valeurs dans notre dénomination, même si le PT est adopté. Cela implique que le PT mènera à une division moins formelle que ce que les promoteurs du PEU voudraient nous le faire croire.

Pour attirer la majorité des Méthodistes Unis non américains qui ont une perspective traditionnelle en matière du mariage, les partisans du PEU leur garantissent que rien ne changera dans les conférences centrales. Ils prétendent également que les églises et les conférences annuelles dans les conférences centrales ne seront pas en mesure de se prononcer sur la question en raison des restrictions légales au mariage homosexuel dans les pays où elles sont situées. Toutefois, ce que les défenseurs du PEU négligent de reconnaître, c’est que toutes les conférences centrales ne sont pas monolithiques ou homogènes – il y a des conférences centrales qui ont des traditionalistes et des progressistes dans leurs rangs. Les Philippines en sont un bon exemple. Bien que la majorité des Philippins Méthodistes Unis aient une position traditionnelle sur le mariage, il y a parmi eux un nombre considérable de progressistes. L’examen des discussions en cours sur plusieurs pages Facebook des Philippins Méthodistes Unis révèle une polarisation accrue concernant cette question. Cette discorde croissante s’approfondira si, par exemple, la Conférence Générale se prononce en faveur du PEU. Contrairement à ce qui est communiqué par les promoteurs du PEU, la Conférence Centrale des Philippines sera profondément affectée si le PEU est adopté.

Dr. Luther Oconor

Si le PEU est approuvé, les conférences centrales qui ne sont pas monolithiques devront clarifier leur interprétation des révisions issues de ce plan dans le Livre de Discipline à leurs membres traditionnels et progressistes. Vont-ils adopter une position qui ne satisfera que les traditionalistes ou vont-ils prendre le parti des progressistes ? Ce processus ne conduira qu’à des querelles amères et à des divisions plus profondes. Par ailleurs, le PEU pourrait encourager les pasteurs progressistes dans les conférences centrales à célébrer les unions homosexuelles, même si elles ne sont pas reconnues par la loi. Dans un tel cas, il sera d’autant plus nécessaire que les conférences centrales apportent des éclaircissements en la matière. Même les conférences centrales conservatrices ne n’en sont pas pour autant épargnées. Elles aussi devront éventuellement clarifier leur position pour se distinguer de l’Église américaine. Elles devront également se donner la peine et assumer toutes les dépenses nécessaires pour composer leur propre version du Livre de Discipline afin de conserver le langage traditionnel sur la sexualité humaine. En termes simples, si le PEU est approuvé, ce ne sera pas comme si de rien n’était pour les conférences centrales, qu’elles soient monolithiques ou non. Une grande partie de ce qui est affirmé par les promoteurs du PEU au sujet des conférences centrales doit donc être examinée attentivement par tous les délégués des conférences centrales qui ont encore une conception traditionnelle du mariage mais auxquels on demande d’être « généreux » aux impulsions des Méthodistes Unis progressistes des États-Unis. Ils ne peuvent pas voter en faveur du PEU en se fondant uniquement sur des affirmations que cela ne les affectera pas.  Ce n’est tout simplement pas vrai. Ils doivent, comme tous les autres délégués, voter selon leur conscience et selon la direction du Saint-Esprit. En tant que membre du clergé Méthodiste Uni d’une conférence centrale, je me sens obligé de vous apporter des éclaircissements sur une question beaucoup plus importante. Le PEU, s’il est approuvé, éliminera en fait l’influence des Méthodistes Unis des conférences centrales, généralement plus conservateurs, sur l’avenir de notre dénomination mondiale. Les efforts visant à réduire au silence la voix croissante des délégués des conférences centrales ne sont pas une nouveauté. Au cours de la dernière décennie, les progressistes, probablement alarmés par l’augmentation constante du nombre de délégations africaines à la Conférence Générale, ont commencé à plaider en faveur d’une forme plus régionalisée de processus législatif sous prétexte d’accorder aux conférences centrales une plus grande autonomie. En réalité, ces efforts de régionalisation visaient principalement à dissocier les conférences américaines de l’influence croissante des conférences centrales plus évangéliques dont la croissance a permis à l’ÉMU de maintenir les normes bibliques sur la sexualité humaine. Providentiellement, ces tentatives de régionalisation ont été rejetées à maintes reprises par les Conférences Générales précédentes.

Néanmoins, cet effort pour régionaliser la législation dans l’ÉMU a fait un retour en force sous l’apparence du PEU, et il est regrettable que la majorité de nos dirigeants le soutiennent. Comme les précédentes tentatives de régionalisation, le PEU, je le crains, perpétue la présomption impérialiste séculaire que les Occidentaux sont supérieurs et plus instruits (ou devrais-je dire, plus « civilisés »). Par conséquent, ceux qui se trouvent dans les conférences centrales doivent rester entre eux parce qu’ils n’ont rien à enseigner, et certainement pas sur la sexualité humaine.

En outre, le PEU tente d’inverser la tendance inévitable qui s’est produite au cours des dix ou vingt dernières années – le centre de gravité du christianisme est désormais déplacé du « Nord global » (Amérique du Nord et Europe) au « Sud global » (Afrique, Asie et Amérique latine). Nous avons vu le même changement dans l’ÉMU. Aujourd’hui, toute sa croissance et une grande partie de sa vitalité se trouvent dans les conférences centrales, plus particulièrement en Afrique. Entre-temps, nous constatons un déclin aux États-Unis et en Europe. La Conférence Générale témoigne de ce changement. D’ici 2020, environ  43 %  des délégués proviendront  des  conférences  centrales  (dont 32 % d’Afrique et 6 % des Philippines). D’ici 2028, les délégués des conférences centrales seront probablement plus nombreux que leurs homologues américains. Ce scénario inquiète les progressistes de notre dénomination, dont la version de leur foi ” à tout vent de doctrine ” (Éphésiens 4:14) n’a jamais produit un grand nombre de convertis pour l’Église, mais explique au contraire une grande partie de son déclin.

La plupart des chrétiens du Sud global croient fermement que la Bible est la parole de Dieu et l’autorité primordiale de la pratique chrétienne. Ils prêchent sans aucune honte la repentance et le salut en Jésus seul, et la puissance de l’Esprit Saint pour transformer les vies. Sans hésitation, ils considèrent les miracles et le surnaturel comme des éléments normatifs de la vie chrétienne. Je suis reconnaissant qu’un tel témoignage persiste dans l’ÉMU. Les voix de nos frères et sœurs du Sud global sont, par définition, nécessaires à notre Église mondiale et sont notre meilleur espoir pour l’avenir. De nombreux partisans occidentaux du PEU cherchent à supprimer ce témoignage ou à définir (voire à imposer) à quoi ce témoignage devrait ressembler. Pourquoi ? Parce qu’ils voient les valeurs mêmes, que j’ai décrites ci-dessus, comme un obstacle à leur conception du christianisme. Certains préféreraient considérer les Méthodistes du Sud global comme des fondamentalistes parlant toujours de la Bible, plutôt que de tirer humblement des leçons de leur expérience. En vérité, nos frères et sœurs du Sud global ont préservé pour nous « la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes » (Jude 3:3). Si nous voulons comprendre le Méthodisme qui a répandu la sainteté scripturaire sur les îles britanniques et le continent américain, nous n’avons pas besoin de chercher plus loin parce que nous le trouverons en Afrique et, dans une certaine mesure, aux Philippines.

Dans leur désir de se détacher de ce que le Sud global offre, de nombreux partisans du PEU se retrouvent par inadvertance complices de l’héritage malheureux des missions coloniales en poursuivant une relation avec des Méthodistes Unis non Américains, principalement selon des conceptions paternalistes. Au lieu d’embrasser les bénédictions que le Sud global apporte, beaucoup préfèrent créer une sous-culture séparée qui porte malheureusement les marques de l’individualisme occidental. Plutôt que de considérer leurs homologues des conférences centrales du Sud global comme des égaux, ils préfèrent limiter toute leur influence. Si le PEU l’emporte, l’Église américaine pourra faire ce qu’elle veut (comme cela a toujours été le cas dans le passé) sans avoir à rendre compte à ses frères et sœurs en Afrique et ailleurs dans le Sud global. Plus tragique encore, l’ÉMU aura manqué l’occasion d’être une Église mondiale véritablement connexionnelle.

Luther Oconor est professeur agrégé d’études méthodistes unies au United Theological Seminary à Dayton, dans l’État d’Ohio aux États-Unis. Il est un ancien ordonné dans la Conférence Annuelle de Pampango Philippines

Comments

  1. Désire Bakala says:

    It is hard to understand why those Bishops who are supposed to be led by the Holy Spirit gave their support to a plan that may lead to confusion and chaos—as the commission on a way forward recognizes it.

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